Introduction des allergènes chez les bébés : pourquoi la régularité et les quantités comptent aussi ?
Faire goûter de l’arachide, de l’amande ou de la noisette à son bébé est une étape importante. Mais lorsqu’on parle de prévention des allergies alimentaires, l’introduction ne se résume pas aux premières cuillères.

Les études qui ont fait évoluer les recommandations reposent sur un principe clé : introduire les allergènes tôt, puis les proposer régulièrement, en quantités adaptées et de manière durable dans l’alimentation de l’enfant.
Autrement dit : commencer tôt est important. Mais continuer l'est tout autant !
Et c’est précisément là que les recommandations peuvent devenir difficiles à appliquer dans la vraie vie : Comment introduire les allergènes ? Combien donner ? Comment augmenter ? À quelle fréquence recommencer ? Et comment maintenir cette routine avec plusieurs allergènes semaine après semaine ?
Introduire tôt, oui ! Mais surtout ne pas s'arrêter après les premières fois.
Pendant longtemps, les parents ont entendu qu'il fallait retarder les aliments les plus allergisants. Depuis plusieurs années, les études LEAP et EAT ont profondément changé les choses.
Ce que LEAP a changé pour l’arachide
Dans l’étude LEAP, des nourrissons à haut risque d’allergie ont été répartis en deux groupes : certains ont évité l’arachide, tandis que d’autres ont commencé à en consommer dès le plus jeune âge. Dans le groupe qui en consommait, l’arachide n’était pas simplement proposée une fois : les enfants devaient en consommer régulièrement, avec un objectif de 6 g de protéines d’arachide par semaine, jusqu’à l’âge de 5 ans.
Cette étude a montré une réduction majeure de l’allergie à l’arachide dans le groupe qui en consommait précocement. C’est l’un des travaux qui ont conduit à abandonner l’idée qu’il fallait retarder volontairement l’introduction des allergènes.
EAT a apporté un autre message : la quantité compte aussi
L’étude EAT a étudié l’introduction précoce de plusieurs allergènes. Elle a permis de démontrer que, pour l’arachide comme l’œuf, plus la consommation hebdomadaire était importante, plus la probabilité d’allergie diminuait.
Cela ne signifie pas qu’il existe une quantité « magique » qui garantirait l’absence d’allergie. En revanche, cela rappelle un point essentiel : dans les études de prévention, l’exposition correspond à des quantités définies et répétées, et non à de petites quantités occasionnelles.
Dans EAT, la consommation d’au moins 2 g de protéines d’arachide ou de blanc d’œuf par semaine était associée à une prévalence significativement plus faible de l’allergie correspondante. C’est notamment de ces données qu’est issu le repère d’environ 2 g de protéines par allergène et par semaine repris ensuite dans les recommandations pratiques françaises.
En France, ces données ont été transformées en repères très concrets
En 2022, le groupe de travail « Allergies alimentaires » de la Société française d’allergologie, coordonné par le Dr Dominique Sabouraud-Leclerc, a formulé des recommandations pratiques pour prévenir les allergies alimentaires, à partir des données scientifiques disponibles.
Parmi les repères proposés :
- Commencer la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois
- Ne pas retarder l’introduction de l’œuf, de l’arachide, et des fruits à coque
-
Puis maintenir leur consommation pendant toute l’enfance, avec un repère quantitatif d’environ 2 g de protéines par semaine pour chaque allergène introduit.
⚠️ Point important pour les parents
Le chiffre de 2 g est un repère scientifique en protéines, pas une quantité d'aliment directement. Pour calculer l'équivalent en quantité d'aliment, il faut connaître la teneur en protéines de l'aliment.

Pourquoi la régularité est-elle si importante ?
Maintenir une consommation régulière est clé, parce que le bénéfice étudié de protection de l'allergie ne repose pas sur le fait d’avoir « coché la case » de l’introduction une fois.
Dans LEAP, l’arachide était consommée chaque semaine pendant plusieurs années. Dans EAT, l’adhésion aux quantités prévues faisait partie intégrante de l’intervention. Les recommandations qui en découlent insistent donc à la fois sur une introduction la plus précoce possible et sur une consommation hebdomadaire par la suite.
Pour un parent, cela change complètement la façon de penser l’introduction des allergènes : la question n’est plus seulement « Est-ce que mon bébé a déjà goûté l’arachide ? », mais aussi « Est-ce qu’il continue à en consommer régulièrement ? ».
L'expérience américaine montre que ces recommandations ont un impact concret en vie réelle
Les essais cliniques nous montrent ce qui peut fonctionner lorsque l’introduction est organisée et suivie. Mais une autre question est essentielle : que se passe-t-il lorsque ces recommandations de santé publique sont diffusées à toute une population ?
Une étude américaine publiée en 2025 dans Pediatrics, à partir de données recueillies entre 2012 et 2020, a observé qu’après la diffusion des recommandations d’introduction précoce, l’incidence de l'allergie à l’arachide avait diminué jusqu’à 43 % par rapport à la période précédant ces recommandations.

Cette étude est observationnelle : elle ne permet pas d’affirmer que les recommandations expliquent à elles seules toute la diminution observée. Mais le signal est particulièrement intéressant. En prévention primaire, il est rare de voir un changement de recommandations associé quelques années plus tard à une telle différence mesurable à l’échelle d’une population.
⚠️ Pourquoi est-ce important ?
Une recommandation de prévention ne peut avoir d’impact dans la population que si elle est effectivement transmise, comprise… et appliquée !
Entre des recommandations et leur adoption dans la vraie vie, il y a souvent un fossé
Plusieurs facteurs contribuent à ce fossé : perte d'information à différentes étapes, difficultés à mettre en pratique dans le quotidien des familles...

Une enquête auprès de 121 pédiatres et médecins généralistes d’Île-de-France publiée en 2025 par l’équipe du Pr Guillaume Lezmi montre que le principe général de l’introduction précoce est mieux transmis que les détails pratiques.
Seuls 19 % des médecins interrogés partageaient à leurs patients l’intégralité des recommandations pour l’œuf, et 4,1 % pour l’arachide. Et seulement 10,7 % recommandaient explicitement 2 g de protéines d’œuf par semaine, et 2,5 % pour l’arachide.
Cette étude ne permet pas de savoir pourquoi ces détails sont moins transmis. Elle montre en revanche qu’entre une recommandation scientifique concrète et ce qui arrive jusqu’aux familles, une partie de l’information pratique peut se perdre.
Et une fois l'information reçue, encore faut-il réussir à l'appliquer
Savoir qu’il faut introduire les allergènes tôt puis continuer à en donner régulièrement et en quantité suffisante est une chose. Réussir à le faire dans la vraie vie en est une autre.
Nos données montrent que c’est précisément là que les choses se compliquent.
Pour le mesurer, nous avons étudié les pratiques de 406 familles ayant un enfant âgé de 10 à 24 mois. Parmi elles, 304 avaient introduit les allergènes selon leurs pratiques habituelles, tandis que 102 avaient utilisé le programme Dalipo pour l’arachide, l’amande, la noisette et la noix de cajou.
L'étude Dalipo en bref
- Étude rétrospective par questionnaire auprès de 406 familles d'enfants de 10 à 24 mois
- 304 familles suivant leurs pratiques habituelles · 102 ayant utilisé Dalipo
- Présentée en poster au CFA 2026 et en communication orale à la SFP 2026
- Résultats publiés sous forme d'abstract dans la Revue Française d'Allergologie
Un point rend ces résultats particulièrement intéressants. Dans les deux groupes, les parents interrogés étaient globalement bien sensibilisés aux recommandations d’introduction précoce des allergènes. Ce niveau élevé de connaissance s’explique probablement en partie par le mode de recrutement de l’étude, qui favorise un biais de sélection vers des familles déjà informées sur le sujet.
Pourtant, même chez des familles déjà sensibilisées, connaître les recommandations ne signifiait pas forcément réussir à les appliquer dans la pratique.

Introduire l'arachide et les fruits à coque dès 4 à 6 mois reste difficile
Savoir qu'il faut introduire l'arachide et les fruits à coque tôt en début de diversification alimentaire ne suffit pas pour réussir à le faire.
Alors que l'introduction de ces allergènes est recommandée dès le début de la diversification, entre 4 et 6 mois, à 1 an, 27 % des enfants du groupe suivant les pratiques habituelles n'avaient toujours jamais consommé d'arachide, 33 % de noisette, 27 % d'amande et 62 % de noix de cajou.
Atteindre une quantité significative est encore plus difficile
Le décalage entre la théorie et la pratique est encore plus grand lorsqu’on regarde les quantités.
Dans le groupe suivant les pratiques habituelles, seulement 35 % des familles déclaraient atteindre une quantité significative, définie dans notre questionnaire comme au moins une cuillère à café.
Ce résultat n’est pas si surprenant quand on sait que la recommandation de quantité est très peu connue des parents. Par ailleurs, cette recommandation est exprimée en grammes de protéines. Pour un parent, il faut ensuite traduire ce repère en quantité d’aliment. Enfin, une cuillère à café de purée d’oléagineux peut être perçue par les parents comme excessive pour un bébé de cet âge.
Mais c’est surtout la régularité qui semble le plus compliqué
Dans le groupe suivant les pratiques habituelles, seuls 21 à 27 % des enfants continuaient à consommer chacun des allergènes étudiés au moins une fois par semaine.
Autrement dit, la grande majorité ne maintenait pas une consommation hebdomadaire de ces allergènes.
Or c’est justement ce que les études comme LEAP et EAT nous ont appris : faire goûter un allergène une ou deux fois n’a pas démontré de bénéfice préventif. Dans ces études, les allergènes étaient introduits tôt puis consommés régulièrement, dans des quantités définies et pendant une période prolongée.
Les études ne permettent pas aujourd’hui de chiffrer précisément le risque lié au scénario “quelques dégustations puis plusieurs mois d’arrêt”. Mais elles convergent sur un point : le bénéfice préventif a été démontré avec une consommation précoce et répétée, pas avec une exposition ponctuelle.

Le principal défi n’est donc peut-être pas seulement de savoir qu’il faut introduire les allergènes. C’est de réussir à le faire suffisamment tôt, puis de continuer à en donner, en quantité suffisante.
Pourtant, les familles interrogées avaient trouvé des aliments adaptés pour le faire
Près de 3/4 des familles ont déclaré avoir introduit au moins l'arachide à 12 mois. Elles ont donc trouvé des aliments pour en proposer sous une forme adaptée à l'âge de leur enfant.
Le problème n’est donc pas l’absence d’un aliment permettant de faire l’introduction.
Le défi se situe après : savoir quelle quantité donner, comment progresser, organiser plusieurs allergènes et surtout penser à les reproposer suffisamment régulièrement dans la durée.
Nous avons donc voulu évaluer si une démarche plus structurée pouvait faire la différence.
Que se passe-t-il quand l'introduction se fait avec un programme structuré comme celui proposé par Dalipo ?
Les 102 familles du groupe berlingots avaient fait le choix d'acheter le programme proposé par Dalipo. Ce programme propose l’introduction de quatre allergènes, arachide, amande, noisette et noix de cajou de façon structurée et guidée. Avec des quantités prédéfinies, une progression et une routine destinée à maintenir leur consommation dans le temps.
Et lorsque l’on compare leurs pratiques à celles des parents ayant suivi les pratiques habituelles, les écarts sont importants.

88 % maintiennent une consommation au moins hebdomadaire
Dans le groupe Dalipo, 88 % des enfants consommaient les allergènes concernés au moins chaque semaine, contre seulement 21 à 27 % dans le groupe suivant les pratiques habituelles.
C’est l’écart le plus important observé dans notre étude, et probablement celui qui résume le mieux la raison d’être du programme.
Faire goûter est une première étape. Intégrer ces aliments dans une routine alimentaire en est une autre.
96 % atteignent une quantité significative
La différence est également très nette sur les quantités. 96 % des familles du groupe Dalipo avaient atteint une quantité significative, contre seulement 35 % dans le groupe ayant suivi les pratiques habituelles.
Les allergènes sont également introduits plus tôt
Avec Dalipo, l'arachide et les fruits à coque avaient été introduits à 1 an chez presque tous les enfants.
Dans le groupe Dalipo, 97 à 100 % des enfants avaient déjà consommé chacun des quatre allergènes étudiés avant l’âge de 1 an.
Dans le groupe suivant les pratiques habituelles, les retards restaient beaucoup plus fréquents. L’écart est particulièrement frappant pour la noix de cajou : 3 % non introduite avec Dalipo, contre 62 % dans le groupe témoin.
Le sujet n'est donc pas seulement une question de savoir quoi introduire.
C’est probablement le principal enseignement de notre étude.
Les familles qui se débrouillaient seules disposaient des aliments nécessaires et une partie importante d’entre elles avait un bon niveau de connaissance des recommandations. Pourtant, leur application restait difficile.
Ce qui était le plus compliqué, c'était de réussir à atteindre les quantités recommandées, et réussir à continuer dans la durée.
Avec Dalipo, ces gestes ont plus de chance de devenir une routine alimentaire.
Cela ne veut pas dire qu’il est impossible d'y arriver seul avec ce qu'on a dans le placard. Cela montre en revanche que structurer à l’avance les quantités, la progression et la régularité simplifie considérablement la mise en œuvre.

C’est la vocation de Dalipo : transformer les recommandations en une routine concrète que les parents peuvent suivre dans la durée.
Le programme complet Dalipo :
6 box pour introduire l'arachide et les fruits à coque, puis faciliter leur consommation régulière aux quantités recommandées tout au long de la diversification.
• Parcours simple à suivre, conçu avec des pédiatres allergologues
• 1 berlingot par jour, prêt à l'emploi
• Adapté dès l'âge de 4 mois
• Suit l'évolution de l'alimentation du bébé
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À propos de l’étude Dalipo
L’étude Dalipo est une étude rétrospective par questionnaire menée auprès de parents d’enfants âgés de 10 à 24 mois. Elle compare 304 familles suivant leurs pratiques habituelles à 102 familles ayant utilisé le programme Dalipo. Les résultats ont fait l’objet d’une communication scientifique présentée par le Dr Anaïs Lemoine et ont été publiés sous forme d’abstract dans la Revue Française d’Allergologie en 2026.
Comme toute étude rétrospective et déclarative, elle comporte des limites, notamment un risque de biais de mémoire et de sélection. Elle n’a pas été conçue pour comparer l’incidence des allergies entre les groupes. De rares réactions allergiques médicalement diagnostiquées ont été rapportées dans les deux groupes, sans différence statistiquement significative (1 dans le groupe Dalipo contre 2 dans le groupe témoin).
À propos de l'autrice :
Caroline Desclée de Maredsous, PhD, directrice scientifique et fondatrice de Dalipo. Ses travaux de recherche ont notamment porté sur l’influence de la nutrition périnatale sur la santé métabolique.
Elle est première autrice de l’étude Dalipo présentée dans cet article, menée auprès de 406 familles et consacrée aux pratiques parentales d’introduction des allergènes alimentaires lors de la diversification.
Sources scientifiques